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Mercredi 10 Mars 2010

A l'Est, rien de nouveau



Copyright agorakurde.com
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Le terrain avait été soigneusement préparé depuis des mois, à coup de propagande et de battage médiatique. Le Premier ministre turque affirmait vouloir donner plus de droits aux Kurdes afin de mettre un terme à la guerre qui oppose les Turcs et les Kurdes depuis 25 ans. Lentement, les esprits ont cru voir une Turquie renonçant à la violence pour respecter les aspirations légitimes des Kurdes. Saupoudrée de quelques mesures cosmétiques, comme le retour (quoi de plus normal?) des noms de villes et villages kurdes, l'« ouverture démocratique  » du Premier ministre islamiste turc a fait son effet : l'Union européenne a salué les efforts et la bonne volonté de la Turquie tandis que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) s'est empressé d'intégrer la Turquie dans sa "liste des pays d''origine sûrs". La Turquie se rachetait ainsi une conduite, mais pour mieux réprimer le peuple kurde.

En effet, vendredi 11 décembre, la Cour constitutionnelle turque a dissous le seul parti politique kurde représenté au Parlement turc. La décision a été prise à l'unanimité des 11 juges, alors qu'une majorité qualifiée de sept voix suffisait. Alors qu'en 2007, de nombreux juges s'étaient opposés à la dissolution de l'AKP (parti islamiste du Premier ministre), cette fois les juges se sont prononcés à l'unisson pour la dissolution du parti kurde, preuve qu'en Turquie la répression contre les Kurdes ne fait pas débat.

Par ailleurs, la Cour a annoncé la levée de l'immunité parlementaire dont bénéficiaient M. Türk et Mme Tugluk, deux des vingt-et-un députés kurdes du parlement turc, et la confiscation par le Trésor des biens du parti, ouvrant la voie à l'« embastillement » des deux politiciens.

Fidèle à son histoire, la Turquie a, une fois de plus, verrouillé la voie politique aux aspirations des Kurdes. De même que dans les années 60 et 70, avant l'avènement de la guérilla kurde du Parti des Travailleurs du Kurdistan, la Turquie a organisé l'assassinat de plusieurs milliers d'intellectuels nationalistes kurdes qui réclamaient le respect des droits nationaux du peuple kurde mais rejetaient la violence, de même la Turquie d'aujourd'hui interdit ou dissout tout parti politique kurde capable de placer dans le débat national turc la question des droits du peuple kurde.

On peut le regretter, mais une fois de plus, la Turquie vient d'annoncer aux Kurdes qu'ils n'obtiendraient rien par la voie politique.

Dimanche 13 Décembre 2009
Berzan Kurdistani