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Les masques sont tombés
Image copyright Agora kurde
Quand j’ai appris la dissolution du DTP, le moins que je puisse dire, c’est que cela ne m’a nullement surpris. D’ailleurs, peu de Kurdes ont dû être étonnés par cette sentence. Cela n’empêche pas néanmoins la déception de gagner la rue kurde et des incidents ont vite succédé à l’annonce. Cette décision apportera inévitablement « le désespoir » chez les Kurdes comme l’a souligné très justement Ahmet Turk, le président du DTP.
A qui profite le crime ? Cet événement est tragique dans la mesure où il va remettre le feu aux poudres. Ceux qui sont à l’origine de cette décision ont agi de manière extrêmement irresponsable. Depuis le coup d’Etat de Kenan Evran et des militaires turcs, les régimes successifs en Turquie se sont illustrés par leur brutalité et leur ignorance dans la gestion de la question kurde. Ils sont en ce sens totalement responsables des drames et des victimes de cette guerre entre Turcs et Kurdes. Mais les militaires turcs ont tout à gagner dans ce statu quo. Ce sont encore eux qui sont aujourd’hui les véritables détenteurs du pouvoir en Turquie. Les nationalistes-laïques-kémalistes étant leur représentation politique. Cette décision émane de leur volonté. Cela signifie donc que les militaires ont repris en main la question kurde. Ils ont sauvé le PKK Les Kurdes dans leur ensemble avaient, depuis quelques années, repris espoir dans une amélioration de leur condition et dans le respect de certains de leurs droits. Le PKK n’apparaissait plus comme l’unique espoir kurde. Avec le développement du sud du Kurdistan, une plus grande médiatisation de leur cause et l’utilisation des nouveaux moyens de communication, cet espoir s’était même accru. Le signal que vient d’envoyer le pouvoir turc a pour conséquence de remettre le PKK au centre du jeu. Désormais plus rien n’empêche le PKK de représenter, à juste titre, tous les Kurdes sous domination turque. De mouvement de guérilla, de résistance, il ne lui reste plus qu’à se muer en une armée de libération. Qui va payer l’addition ? Bien entendu et il ne faut pas l’oublier, les principaux perdants sont les Kurdes et notamment les populations civiles. On se doit de souligner la portée d’une telle décision. Il s’agit ni plus ni moins qu’un coup d’Etat. Comment un pays peut il oser se présenter comme démocratique quand un groupe est soumis constamment à une politique d’exception ? L’INSECURITE ETATIQUE pèse sur les Kurdes. Ils paieront toujours l’addition sous ce régime. Le putsch des généraux On aimerait espérer que cette décision ne soit finalement qu’un dernier sursaut de la mouvance nationaliste-kémaliste turque. Qu’elle s’apparente au coup d’Etat tenté par des gradés de l’armée française lors de la guerre d’Algérie. Des soubresauts menés régulièrement par des fanatiques qui n’auraient rien compris aux évolutions et aux tournures que prennent les événements et qui tentent de s’accrocher à un système en passe d’être révolu. Néanmoins, on voit mal qui pourrait en l’espèce revêtir les habits du général de Gaulle. Un costume sans doute beaucoup trop grand pour Monsieur Erdogan ou n’importe quel autre politicien turc. Alors, pourquoi la question kurde est-elle insoluble ? C’est LA grande question. On ne le sait que trop bien, le peuple turc est embrigadé dès son plus jeune âge. Pour l’observateur extérieur, il n’est pas aisé de s’imaginer à quel point ce peuple est soumis à une propagande féroce. Le nationalisme turc trouve sa source dans une exaltation constante de tout ce qui est de près ou de loin lié à la Turquie. Le principal journal turc a par exemple pour devise « la Turquie aux turcs », signe indéniable de nationalisme mais aussi et surtout de paranoïa, voire de racisme. Face à cela, le Kurde fait office de danger. Et pour son malheur, le peuple Kurde ne possède que peu de ressources et d’appuis pour se défendre. Ecartelés entre 4 puissances non démocratiques et qui leurs vouent une forte haine, les Kurdes n’ont pas non plus de soutien au niveau international, contrairement aux Tibétains ou aux Palestiniens. Car quand il s’agit de lutter contre les Kurdes, même les pays occidentaux mettent la main à la pâte (voir la coopération entre les USA et la Turquie ou la répression des Kurdes de France ou d’Allemagne). Les Turcs ont sur cette question un sentiment de toute puissance, ce qui me fait penser que les Kurdes n’ont pas fini de souffrir. Mardi 15 Décembre 2009
Baran Kanî
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